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critique à venir

 

Contes Interdits : Hansel et Gretel, de Yvan Godbout

Ma critique pour la revue Clair/Obscur disponible ici : Critique Hansel et Gretel

Contes Interdits : Peter Pan, de Simon Rousseau

Ma critique pour la revue Clair/Obscur disponible ici : Critique Peter Pan

 

Les vieilles rancunes-Le fléau de Roc-du-Cap, tome 2, de Dominic Bellavance

Après avoir lu le premier tome, j’étais impatiente pour cette suite, et je n’ai pas été déçue 🙂 On entre dans le vif de l’action, et on suit les personnages dans leurs rencontres et aventures, qui se suivent à un rythme effréné, qui nous garde en haleine du début à la fin! Quelques moments plus calmes permettent d’apprivoiser les nouveaux personnages et de découvrir plus en profondeur la vie et les valeurs de ceux que nous connaissions déjà. Beaucoup d’émotions et d’action, mais, seul petit défaut : trop court, encore une fois! 😉 Vivement le troisième volet 😀

 

Le Troisième Œil, de Maude Rückstühl : une idée intéressante!

(Critique parue dans Clair/Obscur no 19 : http://www.revueclairobscur.ca/)

 

Tout d’abord, le concept : en trois romans, l’auteure raconte les bribes d’une même histoire, que les lecteurs découvrent au travers des trames narratives respectives de trois personnages. Ensuite, la forme : trois romans, qui s’intitulent L’Âme, Le Cœur et L’Esprit. Finalement, l’innovation : pour chaque chapitre, qui représente une journée, la présence d’un petit symbole si la même journée se retrouve dans les autres tomes ou non. Si c’est le cas, la journée est racontée du point de vue d’un autre personnage ou, parfois, des deux autres. Selon une note de l’auteure présente avant chaque partie de la trilogie, les lecteurs peuvent choisir de lire les livres dans l’ordre, le désordre ou par journée. Elle suggère par contre de les lire dans l’ordre mentionné ci-haut.

Le premier opus, L’Âme, nous plonge dans la vie de Gabrielle Lewis, une jeune fille fortunée promise dès sa naissance à un brillant avenir de médecin, ce qui représente à la fois son désir et celui de son père, Andy, un riche avocat qui la chérit de tout son cœur. Sa petite sœur, Angélique, n’a pas cette chance : pressentant qu’il n’est pas le père biologique de l’enfant, Andy la méprise, la rabaisse et la bat. Une histoire triste, mais somme toute fréquente. Gabrielle se distingue des autres enfants au moment où Angélique décède. Nous nous rendons alors compte (contrairement à la fillette elle-même) que Gabrielle possède un troisième œil, un talent qui lui permet de voir les esprits. Sa vie prend par la suite une tournure très différente.

Cette introduction à la série est très prometteuse : l’écriture s’ajuste à l’âge de la protagoniste, les aventures s’enchaînent continuellement, les autres personnages apparaissent par moments et l’histoire générale commence à prendre forme. L’amour inconditionnel entre les deux fillettes est très touchant et bien rendu. L’attachement et le dégoût envers les différents acteurs viennent naturellement. Un plongeon délicat mais efficace dans l’univers de Rückstühl. Petit bémol : les neuf chapitres sur la malédiction d’Andy sont très répétitifs, puisque ce sont exactement les mêmes mots qui sont utilisés pour chacune des introductions. Une bonne idée à la base, mais qui se retrouve rapidement surutilisée.

Le deuxième roman, Le Cœur, deux fois plus long que le premier, relate le parcours plus que tragique de Mary, la mère de Gabrielle et d’Angélique. On la voit quitter sa vie tranquille et heureuse pour aller étudier les arts dans la grande ville (à noter au passage que l’histoire se déroule aux États-Unis et non au Canada). Encore une fois, un début connu. Cependant, les rencontres qu’elle fera rendent la suite plutôt singulière. En effet, la mère possède elle aussi un troisième œil… Mais pas un instinct très protecteur envers elle-même, puisqu’elle s’unira à un homme violent, imprévisible et manipulateur. Elle vivra de nombreux malheurs, et nous assistons, dans un crescendo déprimant, à sa déchéance, sa folie et son isolement.

Ici, l’incursion est beaucoup plus sombre. La vie de Mary est très démoralisante : une suite sans fin de malchance, d’épreuves, de mauvaises rencontres et de mauvais choix. Bref, un climat dépressif, qui frappe autant Mary que le lecteur. Il s’agit d’ailleurs du principal problème du Cœur : à la fin, rien ne nous surprend plus, à un point où ça en devient presque ironique, à la limite du burlesque. L’écriture est ici plus littéraire et, parfois, cela nuit au plaisir de lecture, mais rien qui nous empêche de poursuivre notre lecture ou qui brime notre curiosité. Nous restons captivés par l’histoire et hypnotisés par l’envie d’en connaître la finalité.

Le dernier tome, L’Esprit, nous présente Viktor Drakoon, un personnage récurrent et primordial dans l’histoire générale du Troisième Œil. De sa naissance à sa rencontre avec Mary, nous découvrons un bambin brimé, utilisé, torturé et détruit, qui commet un acte terrible qui le conduit à sa (première) mort brutale. Cependant, il se voit offrir par une femme (décédée longtemps auparavant) de revenir sur Terre en homme dual, c’est-à-dire qu’il pourra maintenant prendre à la fois la forme physique et spectrale. Il aura également le don de transposer son esprit dans le corps d’autres personnes à sa guise. Cette faculté l’aidera dans son art ultime, celui de tuer des enfants (en jouant au marionnettiste avec les divers corps qu’il possèdera) que les parents ne méritent pas, dans le but ultime de punir ces derniers. Nous entrons dans l’esprit d’un être intelligent, froid, vengeur et, par-dessus tout, dangereux. Un meurtrier en série, un des plus prolifiques jamais dépeints dans la littérature imaginaire.

Ici, le côté littéraire prend beaucoup de place, car la narration reflète la vaste culture de Viktor. Encore une fois, la lecture s’en trouve alourdie. Nonobstant ce détail, ce sont les répétitions et les longueurs qui irritent le plus. Autant les chapitres sur les voyages sont captivants au début, autant les septième et huitième deviennent redondants et pénibles. S’ils avaient été espacés au fil du texte ou entrecoupés d’autres aventures, ils s’en seraient trouvés avantagés. De plus, les passages alternatifs de bien-être et de dégénérescence de Viktor sont peu expliqués, puisqu’ils dépendent de personnages auxquels aucun volume n’est consacré. L’auteure réussit tout de même à nous intéresser de par le parcours inhabituel de Viktor, et à nous tenir en haleine jusqu’à la conclusion.

Ceci étant dit, plusieurs points positifs (et certains l’étant un peu moins) se trouvent dans l’ensemble des romans. Tout d’abord, l’histoire dans son tout est assez originale, puisqu’elle recoupe trois personnages très différents les uns des autres, dans une histoire peu commune. L’auteure parvient avec habileté à manier la plume différemment selon l’âge et la personnalité du personnage, mais aussi en fonction du temps de la narration. En effet, sur ce dernier point, mentionnons que les romans sont divisés en jours, mais que ceux-ci débutent dans le négatif. Par exemple, L’Âme commence au jour -4807. Les jours négatifs sont écrits au passé simple, tandis que le présent est utilisé pour les jours positifs et donc, plus récents. Cette division dénote un côté pratique pour les jours qui sont racontés par plus d’un personnage, mais elle représente aussi un désavantage, dans le sens où les nombres négatifs sont plus difficiles à situer rapidement. Heureusement, pour aider les lecteurs, l’auteure a également indiqué les dates des événements. Il est donc plus facile de s’y retrouver.

Le fait que les différents points de vue se recoupent est aussi très intéressant, car les personnages ont des réactions et des impressions très différentes d’un même événement. Par contre, si nous choisissons de lire la série en partant du premier volet et en suivant, pour chaque roman, la journée en cours, le tout se complique pour deux raisons : la répétition des dialogues (lorsque la lecture se fait un tome après l’autre, cette répétition est grandement atténuée, voire pratique) et les divulgâcheurs. En effet, si nous partons de la journée -4807 pour la lire dans les romans 1, 2 puis 3, nous découvrons dès le premier chapitre au moins trois détails cruciaux de l’intrigue. D’un autre côté, partir de L’Esprit ou du Cœur aurait le même effet, il s’agit donc d’un couteau à double tranchant.

La qualité de l’écriture est élevée, malgré la présence d’anacoluthes et de certaines incohérences dans le temps ou le domaine médical ou, parfois, entre certains chapitres. Rien de majeur, heureusement, car l’œuvre générale se caractérise par une forte maîtrise littéraire et de la langue française de l’auteure et par une capacité à raconter qui captive le lectorat. Le principal obstacle à l’appréciation complète de l’œuvre se retrouve dans la longueur de celle-ci; pas nécessairement à cause du nombre de pages, même si les deux derniers tomes auraient sûrement gagné à être réduits, mais surtout à cause des longueurs temporelles et des répétitions parfois trop présentes dans les trois volets.

Suggestion pour le futur lectorat : se procurer la version papier, car la version numérique présente une problématique de navigation; il est impossible de naviguer par chapitre, ce qui rend le suivi journalier très difficile.

L’ensemble demeure une trilogie bien campée, écrite et racontée, une histoire intéressante à découvrir et une aventure qui sort de l’ordinaire! Espérons que l’auteure voudra un jour compléter la série avec un tome narrant l’histoire de Bridget Risen (la femme décédée depuis belle lurette) ou d’Angélique, car il serait intéressant de découvrir ce qu’elles se sont dit durant tout ce temps…